Junín, berceau de la maca : géographie, sols et histoire
La puna de Junín, entre 4 000 et 4 500 m : sols volcaniques, gel nocturne, histoire et cadre réglementaire du terroir historique de la maca.
Sur la puna du département de Junín, dans les Andes centrales du Pérou, entre 4 000 et 4 500 m d'altitude. La zone de référence entoure le lac Junín (Chinchaycocha), à 4 080 m, sur un plateau d'origine volcanique situé entre les cordillères occidentale et orientale.
La maca (Lepidium meyenii) est indissociable d'un lieu. Son terroir historique, la puna du département de Junín dans les Andes centrales du Pérou, n'est pas un simple décor : c'est un ensemble de conditions géographiques, géologiques et climatiques qui ont façonné cette plante et la culture qui l'entoure depuis des millénaires. Comprendre Junín, c'est comprendre pourquoi la maca est ce qu'elle est.
La puna de Junín : un plateau entre deux cordillères
Le département de Junín se situe dans les Andes centrales du Pérou, à environ 300 km à l'est de Lima. La zone de culture de la maca occupe la partie la plus haute de ce département : la puna, un plateau d'altitude compris entre 3 800 et 4 500 m, coincé entre la cordillère occidentale et la cordillère orientale. Le paysage est une steppe d'herbe rase (ichu, Jarava ichu), sans arbre, ouverte sur un ciel à la luminosité intense.
Au centre de ce plateau se trouve le lac Junín, aussi appelé Chinchaycocha. C'est le deuxième plus grand lac du Pérou, à 4 080 m d'altitude, étendu sur environ 530 km². Il fait partie de la Réserve nationale de Junín, créée en 1974 pour protéger son écosystème, et notamment le grèbe de Junín (Podiceps taczanowskii), un oiseau endémique en danger critique. Le lac est un repère géographique : la zone de culture de la maca s'étend autour de lui, sur les pentes et les replats de la puna environnante.
Un sol d'origine volcanique
Les sols de la puna de Junín sont d'origine volcanique andine. La cordillère des Andes est le résultat de la subduction de la plaque de Nazca sous la plaque sud-américaine, un processus qui a produit des éruptions volcaniques pendant des millions d'années. Les cendres et les laves décomposées ont donné naissance à des sols dits andosols et des sols volcaniques résiduels, qui partagent des caractéristiques communes : ils sont acides (pH souvent compris entre 4,5 et 5,5), pauvres en matière organique, mais riches en minéraux issus de la roche mère (fer, zinc, manganèse, potassium).
Ces sols ne conviennent pas à la plupart des cultures vivrières. La pomme de terre amère (Solanum juzepczukii), le quinoa de haute altitude et la maca sont parmi les rares plantes cultivées qui y prospèrent. Cette pauvreté organique explique aussi pourquoi la jachère de 5 à 8 ans est indispensable entre deux cycles de maca : un seul cycle épuise ce que le sol a reconstitué en années de repos.
Le climat de la puna : gel, UV et amplitude thermique
Le climat de la puna de Junín est de type tropical d'altitude, ce qui signifie qu'il combine une saisonnalité tropicale (saison des pluies d'octobre à avril, saison sèche de mai à septembre) avec les conditions d'un environnement de haute montagne. Les températures moyennes annuelles sont basses, autour de 4 à 7 °C, mais c'est l'amplitude journalière qui caractérise le mieux la puna : les nuits descendent couramment à -10 °C, tandis que le rayonnement solaire direct porte la température diurne à +15 voire +20 °C. L'écart peut dépasser 25 °C en 12 heures.
Le rayonnement ultraviolet est parmi les plus intenses au monde. À 4 000 m, l'atmosphère filtre moins d'UV qu'en plaine, et la proximité de l'équateur (Junín est à environ 11° de latitude sud) garantit un ensoleillement élevé toute l'année. L'oxygène est raréfié : la pression partielle d'oxygène à 4 000 m est environ 60 % de celle du niveau de la mer.
Ces conditions forment un stress environnemental permanent pour les plantes qui y poussent. Chez la maca, ce stress est constitutif : la plante a évolué dans cet environnement pendant des millénaires, et son métabolisme y est adapté.
Une culture documentée depuis le XVIe siècle
Les traces de culture de la maca dans la région de Junín sont anciennes. Les chroniques espagnoles du XVIe siècle, notamment celles de Cieza de León (1553) et Cobo (1653), mentionnent la maca comme une plante cultivée par les populations andines de la puna, utilisée dans l'alimentation et dans les échanges. Hermann et Heller (Andean Roots and Tubers, IPGRI, 1997) compilent ces sources historiques et les traces archéobotaniques de la région.
La surface cultivée a beaucoup varié. Au XXe siècle, la culture de la maca a connu un déclin prononcé : dans les années 1980, les surfaces cultivées à Junín étaient estimées à quelques dizaines d'hectares. La redécouverte commerciale des années 1990-2000, portée par l'intérêt international pour les plantes andines, a relancé la production, qui a atteint plusieurs milliers d'hectares dans les années 2010.
Cette histoire n'est pas linéaire, et le terme « millénaire » ne doit pas faire croire à une continuité sans rupture. Ce qui est continu, c'est le lieu : la maca a toujours été cultivée sur la puna de Junín, même quand les surfaces étaient réduites à presque rien.
Le cadre réglementaire péruvien
Le Pérou a pris des mesures pour protéger la maca en tant que ressource génétique nationale. La loi péruvienne 28477 (2005) classe la maca parmi les cultures natives du Pérou. L'exportation de semences et de matériel génétique de maca est encadrée, et les autorités péruviennes ont contesté à plusieurs reprises des tentatives de brevetage de la plante à l'étranger.
Il n'existe pas, à ce jour, d'appellation d'origine contrôlée pour la maca de Junín comparable au modèle européen (AOP/AOC). INDECOPI, l'institut péruvien de la propriété intellectuelle, a enregistré des dénominations d'origine pour d'autres produits andins (le pisco, le café de certaines vallées), mais la maca n'en bénéficie pas encore. Cela signifie qu'un produit peut indiquer « maca de Junín » sur son étiquette sans qu'un organisme tiers ne le certifie.
Junín et les autres zones de culture
Depuis les années 2000, la maca est cultivée hors de son terroir d'origine. La province du Yunnan en Chine est devenue un producteur significatif, à des altitudes généralement comprises entre 2 500 et 3 000 m, sur des sols et dans des conditions climatiques différentes. D'autres régions du Pérou cultivent aussi la maca, à des altitudes parfois inférieures à celles de Junín.
La question de savoir si le lieu de culture change la composition de la racine est traitée dans un article dédié. Ce qui est établi ici est plus simple : les conditions de Junín (altitude, sol volcanique, gel nocturne, UV, jachère longue) forment un ensemble qui ne se reproduit pas ailleurs, et c'est dans cet ensemble que la maca a évolué.
→ Pourquoi l'altitude façonne la composition de la maca → Le cycle de culture de la maca sur les hauts plateaux
Ce que BOTANINCA indique
MACA³ est de la racine de maca (Lepidium meyenii) cultivée à Junín, au-dessus de 4 000 m, séchée puis broyée en poudre, conditionnée en gélules de 500 mg, 90 par flacon. L'origine géographique et la partie de la plante figurent sur l'étiquette.
Questions fréquentes
Où se situe exactement la zone de culture de la maca à Junín ?
Sur la puna du département de Junín, dans les Andes centrales du Pérou, entre 4 000 et 4 500 m d'altitude. La zone de référence entoure le lac Junín (Chinchaycocha), à 4 080 m, sur un plateau d'origine volcanique situé entre les cordillères occidentale et orientale.
Depuis quand cultive-t-on la maca dans cette région ?
Les traces archéologiques dans la région de Junín remontent à plusieurs millénaires. Les chroniques espagnoles du XVIe siècle mentionnent la maca comme plante cultivée par les populations andines de la puna. La culture n'a jamais cessé dans cette zone, même si la surface cultivée a beaucoup varié au fil des siècles.
Toute la maca vendue dans le monde vient-elle de Junín ?
Non. La maca est cultivée dans d'autres régions du Pérou, et depuis les années 2000, en Chine (Yunnan notamment), à des altitudes et sur des sols différents. Junín reste le terroir historique et le mieux documenté, mais il n'a pas l'exclusivité de la production mondiale.
Le Pérou protège-t-il la maca de Junín par une appellation ?
Le Pérou a classé la maca comme patrimoine génétique national et en a restreint l'exportation de semences et de matériel génétique. Il n'existe pas d'appellation d'origine contrôlée comparable au modèle européen, mais la réglementation péruvienne protège l'espèce et encadre sa commercialisation.
Sources
Hermann M, Heller J. Andean roots and tubers: Ahipa, arracacha, maca and yacon. IPGRI, 1997. ISBN 978-92-9043-351-3. Gonzales GF. Ethnobiology and ethnopharmacology of Lepidium meyenii (maca), a plant from the Peruvian highlands. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine. 2012;2012:193496. DOI 10.1155/2012/193496. * Ley 28477. Ley que declara a los cultivos, crianzas nativas y especies silvestres usufructuadas Patrimonio Natural de la Nación. Congreso de la República del Perú, 2005.
Article informatif. Ne se substitue pas à un avis médical. Complément alimentaire : ne remplace pas une alimentation variée et équilibrée.
Questions fréquentes
Vos questions : Junín, berceau de la maca
Sur la puna du département de Junín, dans les Andes centrales du Pérou, entre 4 000 et 4 500 m d'altitude. La zone de référence entoure le lac Junín (Chinchaycocha), à 4 080 m, sur un plateau d'origine volcanique situé entre les cordillères occidentale et orientale.
Les traces archéologiques dans la région de Junín remontent à plusieurs millénaires. Les chroniques espagnoles du XVIe siècle mentionnent la maca comme plante cultivée par les populations andines de la puna. La culture n'a jamais cessé dans cette zone, même si la surface cultivée a beaucoup varié au fil des siècles.
Non. La maca est cultivée dans d'autres régions du Pérou, et depuis les années 2000, en Chine (Yunnan notamment), à des altitudes et sur des sols différents. Junín reste le terroir historique et le mieux documenté, mais il n'a pas l'exclusivité de la production mondiale.
Le Pérou a classé la maca comme patrimoine génétique national et en a restreint l'exportation de semences et de matériel génétique. Il n'existe pas d'appellation d'origine contrôlée comparable au modèle européen, mais la réglementation péruvienne protège l'espèce et encadre sa commercialisation.
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Mis à jour le 23 juillet 2026
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