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Griffe de ChatPar Lionel Jean-Marie · 28 juillet 2026 · 8 min de lecture

Les Asháninka, gardiens de la griffe de chat

Avant d'être un ingrédient référencé dans les catalogues européens, la griffe de chat était une liane parmi des centaines d'autres dans la forêt…

Les Asháninka, gardiens de la griffe de chat

L'un des plus grands peuples indigènes d'Amazonie péruvienne, installé dans la selva centrale le long des rivières Ene, Tambo, Perené et Apurímac. Ils comptent plusieurs dizaines de milliers de membres et défendent activement leurs territoires forestiers.

À retenir

  • Les Asháninka forment l'un des plus grands peuples indigènes d'Amazonie péruvienne, installés principalement dans les vallées de la selva centrale.
  • Leur pharmacopée traditionnelle compte des dizaines de plantes, dont l'uña de gato, la griffe de chat, préparée en décoction d'écorce.
  • Ce savoir se transmet oralement, de génération en génération, et a attiré l'attention des botanistes à partir de la seconde moitié du XXe siècle.
  • Récolter l'écorce sans tuer la liane est un savoir-faire à part entière, au cœur des enjeux actuels de récolte durable.

Avant d'être un ingrédient référencé dans les catalogues européens, la griffe de chat était une liane parmi des centaines d'autres dans la forêt péruvienne. Si nous la connaissons aujourd'hui, c'est parce qu'un peuple la connaissait avant nous.

Un peuple de la selva centrale

Les Asháninka vivent principalement dans la selva centrale du Pérou, le long des rivières Ene, Tambo, Perené et Apurímac, entre les contreforts des Andes et la plaine amazonienne. Avec plusieurs dizaines de milliers de membres, ils constituent l'un des peuples indigènes les plus nombreux d'Amazonie péruvienne.

Leur histoire récente est marquée par des épreuves lourdes : colonisation des terres, exploitation du caoutchouc, puis les années de violence du conflit armé interne péruvien, qui a frappé la selva centrale de plein fouet. Les communautés asháninka ont résisté, se sont réorganisées et défendent aujourd'hui leurs territoires face à la déforestation et à l'orpaillage illégal.

C'est dans ce contexte que leur savoir botanique prend toute sa valeur. La forêt n'est pas pour eux un décor : c'est une pharmacie, un garde-manger, une bibliothèque.

L'uña de gato dans la tradition

Dans la pharmacopée asháninka, la liane que les hispanophones nomment uña de gato, pour ses épines recourbées comme des griffes de chat, occupe une place respectée. L'usage traditionnel le plus documenté est la décoction d'écorce : l'écorce interne est bouillie longuement, et le breuvage est consommé selon des règles précises que chaque communauté transmet à sa manière.

Les ethnobotanistes qui ont travaillé dans la région à partir des années 1950 à 1970 ont documenté ces usages, et c'est par eux que la plante a commencé son voyage vers l'Occident. Le savoir est parti de là : de conversations entre des chercheurs et des familles asháninka qui n'avaient jamais eu besoin d'écrire ce qu'elles savaient.

Nous racontons cette histoire parce qu'elle est vraie et qu'elle mérite d'être connue. Ce que la recherche moderne dit ou ne dit pas de cette plante est un autre sujet, que nous traitons ailleurs avec les précautions qui s'imposent.

Récolter sans détruire

Une liane d'uña de gato met des années à atteindre sa taille adulte, en grimpant vers la canopée le long des troncs. La couper au pied pour prélever son écorce revient à détruire des années de croissance en quelques minutes.

Les récolteurs expérimentés font autrement. Ils prélèvent l'écorce par bandes, sur une partie de la tige seulement, à bonne hauteur, et laissent la liane cicatriser. Ils reviennent parfois des années plus tard sur le même pied. Ce geste, qui ne s'apprend pas dans un manuel, conditionne la survie de la ressource : la demande internationale a rendu la récolte sauvage non maîtrisée dangereuse pour l'espèce dans certaines zones.

C'est l'une des raisons pour lesquelles l'origine et la traçabilité comptent autant sur cette plante. Savoir où et comment une écorce a été récoltée, c'est savoir si la forêt qui l'a donnée existera encore dans vingt ans.

Ce que nous devons à ce savoir

Aucun laboratoire n'a découvert la griffe de chat. Elle a été transmise. Par des familles qui préparent des décoctions d'écorce depuis des générations, par des aînés qui montrent aux plus jeunes quelle liane prélever et laquelle laisser grandir.

Travailler avec cette plante crée une dette. Elle se paie en respect du savoir d'origine, en récolte durable et en refus de faire dire à la plante ce que personne ne lui a jamais fait dire. C'est notre façon de tenir la ligne.

Chaque plante a son peuple

La griffe de chat et les Asháninka ne sont pas un cas isolé : chacune des grandes plantes péruviennes est indissociable d'un peuple qui l'a domestiquée, récoltée ou transmise. Ce tableau situe la griffe de chat dans ce paysage humain.

PlantePeuple ou communautéTerritoireGeste traditionnelTransmission
Griffe de chat (Uncaria tomentosa)AsháninkaSelva centrale (rivières Ene, Tambo, Perené)Décoction d'écorce interne, prélevée par bandesOrale, de génération en génération
Maca (Lepidium meyenii)Communautés quechua de JunínPlateau de Bombón, 3 800-4 400 mCulture, récolte manuelle, séchage au soleil d'altitudeAgricole, familiale, environ 2 000 ans
Camu camu (Myrciaria dubia)RibereñosBerges inondables du LoretoCueillette en canoë pendant la crueFluviale, calée sur le rythme des eaux
QuinoaCommunautés aymara et quechuaAltiplano (Pérou, Bolivie)Culture en terrasses et rotationAgricole, plusieurs millénaires
CocaPeuples andins et amazoniensVallées interandinesMastication rituelle, offrandesRituelle et sociale, préhispanique

La leçon du tableau tient en une phrase : au Pérou, une plante n'est jamais seulement une espèce botanique. C'est un binôme, plante et peuple, et séparer l'un de l'autre revient à raconter la moitié de l'histoire. C'est la raison d'être de notre cluster héritage : redonner aux plantes leur moitié humaine.

Carnet de terrain : une écorce se mérite

Pour comprendre ce que « récolte durable » veut dire concrètement, il faut suivre un récolteur en forêt. Ce matin-là, dans une communauté de la vallée du Perené, Fredy, la cinquantaine, machette au côté, marche une heure avant de s'arrêter devant une liane grosse comme un bras, enroulée autour d'un tronc qui monte se perdre dans la canopée.

Il ne coupe pas. Il regarde d'abord. Le diamètre : trop fin, on laisse grandir. Les cicatrices : si la liane a déjà été prélevée récemment, on passe son chemin. Celle-ci est bonne. Deux entailles horizontales à hauteur d'épaule, une verticale entre les deux, et il détache une bande d'écorce d'un mètre, pas plus, en laissant la face opposée de la tige intacte. La blessure est propre, la liane cicatrisera.

« Mon père m'a montré comme ça », dit-il en roulant la bande d'écorce. « Si tu coupes la liane au pied, tu récoltes une fois. Si tu prélèves bien, tes enfants récolteront encore. » La phrase vaut tous les cahiers des charges. C'est elle, la certification d'origine.

Des territoires sous pression

Parler des Asháninka sans parler de leurs territoires serait confortable, et incomplet. La selva centrale subit une pression continue : déforestation pour les cultures illégales, orpaillage, routes qui ouvrent la forêt. Les communautés se battent, titres fonciers à l'appui, pour faire reconnaître et respecter leurs terres, et plusieurs de leurs dirigeants ont payé cher leur engagement environnemental.

Une filière digne de ce nom ne peut pas ignorer ce contexte. Acheter une écorce récoltée proprement sur un territoire géré par ses habitants, à un prix qui rémunère ce soin, c'est renforcer précisément les gens qui maintiennent la forêt debout. L'inverse, acheter au moins cher sans se soucier de l'origine, finance mécaniquement la version prédatrice de la récolte. Entre les deux, il n'y a pas de position neutre.

Sources : littérature ethnobotanique sur Uncaria tomentosa et les usages traditionnels en selva centrale péruvienne ; travaux sur l'histoire contemporaine du peuple asháninka. Article culturel : il ne décrit aucun effet du produit et ne remplace aucun avis médical.

Questions fréquentes

Vos questions — Les Asháninka, gardiens de la griffe de chat

L'un des plus grands peuples indigènes d'Amazonie péruvienne, installé dans la selva centrale le long des rivières Ene, Tambo, Perené et Apurímac. Ils comptent plusieurs dizaines de milliers de membres et défendent activement leurs territoires forestiers.

Leur pharmacopée traditionnelle inclut l'uña de gato, préparée en décoction d'écorce selon un savoir transmis oralement. Ce sont ces usages, documentés par les ethnobotanistes au XXe siècle, qui ont fait connaître la plante hors du Pérou.

Ses épines recourbées, qui lui servent à s'accrocher aux arbres pour grimper vers la lumière, évoquent des griffes de félin. Le nom espagnol uña de gato et le nom anglais cat's claw décrivent la même particularité.

Les récolteurs prélèvent l'écorce par bandes partielles, sur une portion de tige, et laissent la plante cicatriser avant tout nouveau prélèvement. Ce savoir-faire conditionne la durabilité de la ressource face à la demande internationale.

La récolte sauvage non maîtrisée exerce une pression réelle sur l'espèce dans certaines zones d'Amazonie. La traçabilité de l'origine et les pratiques de récolte durable sont les meilleurs leviers pour préserver la ressource.

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Mis à jour le 28 juillet 2026