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Griffe de ChatPar Lionel Jean-Marie · 16 juin 2026 · 5 min de lecture

Griffe de chat et cancer : données disponibles et limites

La griffe de chat (Uncaria tomentosa) est parfois présentée comme une plante « anti-cancer ». Cette affirmation dépasse les données publiées.

Éclats d'écorce de liane de griffe de chat et vrilles enroulées, posés sur une pierre sombre dans une lumière rasante.

La griffe de chat ne traite pas, ne prévient pas et ne guérit pas le cancer. C'est un complément alimentaire, sans aucune allégation de santé autorisée dans l'Union européenne. Aucun essai clinique chez l'humain n'a testé cette plante dans le traitement du cancer.

Le cancer est une maladie grave, dont le diagnostic et la prise en charge relèvent exclusivement de la médecine. Disons-le d'emblée, sans détour : la griffe de chat (Uncaria tomentosa) ne traite pas, ne prévient pas et ne guérit pas le cancer, et aucune donnée ne permet de lui prêter un tel rôle. Aucun essai clinique chez l'humain n'a jamais testé cette plante comme traitement du cancer. Cet article fait le point, de façon factuelle, sur ce que contient cette liane amazonienne, sur l'état (très limité) de la recherche, et sur les précautions essentielles. Pour le contexte botanique et l'usage traditionnel, voir le guide complet de la griffe de chat.

Une mise au point nécessaire

Aucune allégation de santé n'est autorisée dans l'Union européenne pour la griffe de chat. Cela signifie qu'en tant que complément alimentaire, elle ne peut revendiquer aucun effet sur une maladie, et le cancer n'échappe pas à cette règle, il en constitue même le cas le plus sensible.

Si vous êtes concerné, par vous-même ou par un proche, la seule démarche pertinente est de vous adresser à un médecin, un oncologue et l'équipe soignante. Un complément alimentaire, quel qu'il soit, ne se substitue à aucun traitement ni à aucun avis médical. Les informations ci-dessous ne sont ni un conseil thérapeutique ni une invitation à s'automédiquer.

Ce que la plante contient

Sur le plan de la composition, la griffe de chat est une liane dont on utilise l'écorce. Les analyses y décrivent plusieurs familles de molécules : des alcaloïdes oxindoliques (tétracycliques et pentacycliques), des glycosides de l'acide quinovique, des polyphénols et des stérols végétaux.

Ces éléments décrivent ce que la plante contient, et non ce qu'elle ferait dans l'organisme. La présence d'une molécule ne présage en rien d'un effet chez l'être humain, et encore moins d'un effet sur une maladie. C'est une donnée de botanique et de chimie, rien de plus.

Usage traditionnel : de quoi parle-t-on

Dans l'Amazonie péruvienne, l'écorce de liane est utilisée traditionnellement par les peuples amazoniens, dont les Asháninka. Cet usage relève de la tradition et du patrimoine culturel : il décrit une pratique ancienne, transmise, et non un effet démontré scientifiquement.

Il est important de ne pas confondre les deux registres. Qu'une plante soit « traditionnellement réputée » ne dit rien de son efficacité contre une maladie moderne comme le cancer. La tradition raconte une histoire humaine ; elle ne remplace pas l'évaluation clinique.

L'état de la recherche : préliminaire et non concluant

C'est le coeur du sujet, et il appelle la plus grande prudence. Des travaux se sont intéressés à Uncaria tomentosa, mais l'intégralité de la recherche disponible a été menée in vitro (sur cellules en culture) ou sur modèle animal. Aucun essai clinique chez l'humain n'a évalué la griffe de chat comme traitement du cancer. Ce point est fondamental et mérite d'être souligné : toute la littérature se situe en amont de l'évaluation humaine.

Travaux in vitro et in vivo

Des équipes comme celles de Sheng Y et collaborateurs (2000, J Ethnopharmacol) ont exploré, en laboratoire, certaines propriétés des extraits. Sandoval et al. (2002, PMID 12120814) ont testé un extrait aqueux d'Uncaria tomentosa in vitro, sur des lignées cellulaires, et in vivo, sur des modèles animaux. L'étude a décrit des observations sur l'apoptose et la prolifération cellulaire dans ces conditions de laboratoire. Il faut le dire clairement : ces résultats sont ceux d'un tube à essai et d'une souris, pas ceux d'un patient.

Allen-Hall et al. (2010, PMID 19995599) ont par ailleurs mis en évidence, in vitro, que certains extraits d'Uncaria tomentosa induisaient une hausse de l'IL-1 beta (une interleukine pro-inflammatoire). Cette observation illustre une limite importante des mécanismes étudiés : une stimulation immunitaire en laboratoire n'est pas nécessairement bénéfique dans un organisme, et peut s'avérer problématique selon le contexte clinique. La biologie est rarement aussi simple qu'un résultat isolé le laisse paraître.

Les revues de littérature confirment l'absence de preuves humaines

Plus récemment, Arado et al. (2024, PMID 38881881) ont publié une méta-analyse portant sur 24 études précliniques (in vitro et in vivo). Leur conclusion est sans équivoque : les 24 études analysées sont des études de laboratoire ou sur modèle animal. Aucun essai humain ne figurait dans le corpus analysé. Les auteurs soulignent eux-mêmes la nécessité d'essais cliniques avant de pouvoir tirer quelque conclusion que ce soit.

Cette méta-analyse est utile parce qu'elle mesure l'étendue du vide : quand on rassemble l'ensemble des travaux publiés sur Uncaria tomentosa et le cancer, on ne trouve que de la recherche préclinique. Pas un seul essai contrôlé chez l'humain.

Ce que cela signifie concrètement

Une observation faite sur des cellules dans une boite de culture ne dit rien de ce qui se passe dans un organisme humain, et ne constitue en aucun cas la preuve d'un bénéfice. Le passage du laboratoire au patient est un parcours long, jalonné d'échecs : la grande majorité des molécules prometteuses in vitro ne franchissent jamais l'étape clinique. La griffe de chat n'a même pas entamé ce parcours dans le domaine du cancer.

Autrement dit : il n'existe pas de démonstration clinique qu'un complément à base de griffe de chat agisse sur un cancer, ni pour le traiter, ni pour le prévenir, ni pour en réduire les symptômes. Les données disponibles restent à un stade exploratoire, et le fossé entre une observation de laboratoire et un bénéfice chez l'humain reste entier.

Précautions et contre-indications

Ce point est le plus important de l'article. N'utilisez jamais un complément alimentaire pour remplacer, retarder ou compléter un traitement anticancéreux sans en parler à votre médecin. Certaines plantes peuvent interférer avec des médicaments, dont des chimiothérapies et des immunosuppresseurs, ou perturber le suivi médical.

La griffe de chat est déconseillée en cas de grossesse et d'allaitement, chez l'enfant, et chez les personnes sous traitement immunomodulateur ou en contexte de greffe. Pour un apercu complet des situations où la prudence s'impose, consultez notre article sur les contre-indications de la griffe de chat.

Si vous suivez un traitement, si vous êtes en cours de bilan, ou si vous vous interrogez sur un symptôme, la démarche est toujours la même : consultez votre médecin ou votre oncologue avant toute prise. Aucune information lue en ligne ne remplace cet échange.

La griffe de chat est un complément alimentaire. Elle ne remplace ni une alimentation variée ni un traitement, et ne se substitue pas à un avis médical.

→ Griffe de chat : guide complet → Griffe de chat et immunité → Contre-indications de la griffe de chat → GATO³, notre griffe de chat

Sources : Sandoval M et al. (2002, PMID 12120814), travaux in vitro et in vivo sur Uncaria tomentosa ; Arado GM et al. (2024, PMID 38881881), méta-analyse de 24 études précliniques ; Allen-Hall L et al. (2010, PMID 19995599), étude in vitro sur IL-1 beta ; Sheng Y et al. (J Ethnopharmacol, 2000) ; règlement (CE) n° 1924/2006 relatif aux allégations de santé. En l'absence de tout essai clinique chez l'humain, aucune conclusion ne peut être tirée

Questions fréquentes

Vos questions : Griffe de chat et cancer

La griffe de chat ne traite pas, ne prévient pas et ne guérit pas le cancer. C'est un complément alimentaire, sans aucune allégation de santé autorisée dans l'Union européenne. Aucun essai clinique chez l'humain n'a testé cette plante dans le traitement du cancer.

Les travaux existants sont menés in vitro ou sur l'animal, et ne se transposent pas à l'humain. Une méta-analyse récente (Arado et al., 2024) a rassemblé 24 études : les 24 sont précliniques, aucune n'est un essai humain. La littérature reste exploratoire et ne permet aucune conclusion sur un rôle de la plante dans la maladie.

Son écorce renferme des alcaloïdes oxindoliques, des glycosides de l'acide quinovique, des polyphénols et des stérols végétaux. Ce sont des données de composition : elles décrivent ce que la plante contient, sans présager d'un quelconque effet chez l'être humain.

N'en prenez pas sans l'avis de votre médecin ou de votre oncologue. Certaines plantes peuvent interférer avec des médicaments, dont des chimiothérapies et des immunosuppresseurs. Un complément ne doit jamais remplacer ni retarder un traitement médical.

Parce que le cancer est une maladie grave où l'automédication peut être dangereuse. Un complément alimentaire n'a ni le statut ni les preuves d'un médicament. La seule démarche pertinente est de s'en remettre à une équipe médicale.

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Mis à jour le 12 septembre 2026