La filière de la maca, de la parcelle jusqu'à la gélule
Dix mille producteurs, huit mille hectares, six opérations de transformation et deux codes de douane. La filière maca péruvienne, station par station.

Non, ce sont des exploitations familiales. Solórzano-Acosta et ses collègues, dans Frontiers in Soil Science (article 1419745), recensent plus de 10 000 producteurs pour quelque 8 000 hectares, soit moins d'un hectare chacun.
Un lot de maca traverse plusieurs mains avant d'atteindre un flacon. Le producteur, le propriétaire de la parcelle, le transformateur, l'exportateur péruvien, l'importateur européen, le laboratoire de conditionnement : chacun ajoute une étape, et chaque étape laisse ou non une trace. Comprendre cette filière, c'est savoir lire ces traces.
Dix mille producteurs, moins d'un hectare chacun
Le plateau de Bombón, dans la région de Junín, concentre l'essentiel de la production péruvienne de maca. Solórzano-Acosta et al. (Frontiers in Soil Science, article 1419745, 2024) recensent environ 8 000 hectares cultivés et plus de 10 000 producteurs. Le rapport entre ces deux chiffres dit tout de la structure : moins d'un hectare par producteur en moyenne. La maca reste une culture de petite exploitation familiale, pas de plantation industrielle.
Parmi ces surfaces, plus de 480 hectares sont certifiés en agriculture biologique, soit au moins 6 % du total. Ce chiffre paraît modeste, mais il reflète le coût de la certification pour des exploitations de cette taille.
La même enquête relève une pratique qui pèse sur la chaîne documentaire. Les grands et moyens exploitants louent des parcelles à d'autres producteurs pour la culture de la maca, avec des baux de huit à dix mois. Le propriétaire du sol et le cultivateur du lot ne sont donc pas toujours la même personne. Quand un certificat de traçabilité nomme une parcelle, il faut encore savoir qui l'a cultivée cette campagne-là.
La récolte et le séchage : deux étapes, deux transformations
Le cycle de culture s'achève par l'arrachage des racines, généralement entre juin et août. Commence alors le séchage traditionnel, qui dure plusieurs semaines sur la puna, à plus de 4 000 mètres d'altitude.
Ce séchage n'est pas un simple retrait d'eau. Esparza et al. (Phytochemistry, 2015, PMID 25817836) ont montré que les macamides et macaènes, molécules caractéristiques de Lepidium meyenii, se forment pendant cette phase post-récolte. Elles ne sont pas présentes dans la racine fraîche. Le séchage est donc une étape de transformation biochimique autant que de conservation.
Gonzales (Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, 2012, PMID 21977053) a compilé les données disponibles sur la maca et note que les conditions de culture en haute altitude contribuent au profil phytochimique de la plante. L'altitude, le froid nocturne et l'exposition solaire intense agissent pendant la croissance, puis le séchage prolonge cette construction moléculaire.
De la racine sèche au produit fini : six opérations
Le ministère péruvien du Commerce extérieur et du Tourisme (MINCETUR, Perfil de Producto: Maca, 2016) décrit six opérations de transformation : séchage, torréfaction, cuisson au four, cuisson, mouture et extraction hydroalcoolique. Ces opérations produisent quatre familles de produits.
La poudre de maca, obtenue par mouture de la racine sèche, est la forme la plus directe. La farine grillée passe par une torréfaction qui modifie le goût. La farine gélatinisée subit un traitement thermique sous pression qui retire l'amidon et concentre les autres composés. L'extrait, liquide ou sec, résulte d'une extraction par solvant.
Un flacon de gélules se situe en aval de l'une de ces quatre familles. Le choix de la forme conditionne le contenu de la gélule, sa concentration et sa digestibilité. Ce n'est pas un détail de fabrication, c'est le premier facteur technique du produit fini.
Le document du MINCETUR nomme aussi des entreprises péruviennes qui cumulent transformation et exportation : MG Natura Perú S.A.C., Vidal Foods S.A.C., Agro Golden Grain E.I.R.L. Quand une même structure transforme et exporte, la chaîne perd un intermédiaire. Cela simplifie la traçabilité, mais ne la garantit pas.
Le passage en douane : deux lignes, deux produits
Un lot de maca change de nature administrative à la frontière. Il devient un code de nomenclature combinée.
Le profil de produit du MINCETUR en donne deux. La sous-position 1106.20.00 couvre les farines, semoules et poudres de racines et de tubercules : la maca en poudre y entre. La sous-position 1901.90.90 couvre les autres préparations alimentaires : la maca gélatinisée y entre.
Cette distinction a une conséquence directe. Une statistique d'exportation qui ne cite qu'un code ne représente qu'une partie du marché. Un total qui additionne les deux lignes mélange des produits dont la transformation, le prix et le profil diffèrent. Quiconque cite un tonnage global de maca gagne à préciser quel code il compte.
Les flux d'exportation et la géographie du marché
Pour l'année 2015, le MINCETUR chiffre les exportations péruviennes de maca en poudre à 26,98 millions de dollars. La répartition par destination : les États-Unis captent 34,9 % de la valeur, le Canada 8,33 %, l'Allemagne 7,58 %, le Royaume-Uni 7,38 %, la Chine 6,83 %, le Japon 6,62 %.
La France ne figure pas dans les six premières destinations. Ce n'est pas une surprise pour un marché de compléments alimentaires où les achats passent souvent par des importateurs installés dans d'autres pays européens, puis redistribués.
Le même document note que le Pérou fournissait, « jusqu'à une période récente », 95 % de la production mondiale. Le passé de cette phrase porte tout le sujet. La Chine cultive désormais la maca sur des sites situés entre 2 800 et 4 000 mètres. Meissner et al. (Phytochemistry Letters, 31:208-216, 2019) ont analysé des comprimés vendus comme chinois et y ont retrouvé les deux composés du profil péruvien, ce que des fabricants leur ont confirmé.
Ce que la filière documentée ne dit pas
Le profil de produit du MINCETUR décrit des flux, des opérations et des destinations. Il ne dit rien du prix payé au producteur, ni de la part de la valeur ajoutée qui reste au Pérou. Il ne donne pas non plus le délai entre le séchage sur la puna et le conditionnement en laboratoire. Ce délai existe dans les registres de chaque acteur, mais aucun document public ne le normalise.
Le chiffre de 2015 date. Une filière qui a vu la Chine entrer sur son marché en moins d'une décennie demande des statistiques fraîches, et ces statistiques se trouvent au guichet péruvien du commerce extérieur, pas dans un argumentaire commercial.
Le parcours d'un lot précis ne sort pas d'un profil de produit national. Il sort des pièces qu'un acheteur demande à son fournisseur : certificat d'origine, bulletin d'analyse, numéro de lot, coordonnées de la parcelle. C'est à ce niveau que la filière cesse d'être une moyenne et devient une traçabilité vérifiable.
Comment lire la filière d'un flacon
Quatre questions permettent de situer un produit dans cette chaîne. D'où vient la racine : quelle région, quelle altitude, quel écotype ? Quelle transformation a-t-elle subie : poudre brute, gélatinisée, extrait ? Combien d'intermédiaires séparent le producteur du conditionneur ? Et quelles pièces documentent ce parcours ?
Un produit qui répond aux quatre construit sa crédibilité sur des faits. Un produit qui n'en mentionne aucune laisse le consommateur devant une étiquette, sans les éléments pour la lire.
Pour aller plus loin :
- Traçabilité d'un lot : de la parcelle au flacon
- Le cycle de culture de la maca sur les hauts plateaux
- Le séchage traditionnel de la maca
- Pourquoi l'altitude façonne la composition de la maca
- Le guide complet de la maca
- Maca gélatinisée vs poudre brute
- Junín, berceau de la maca
- Certification bio Ecocert : de la parcelle au flacon
- Les trois écotypes de maca en détail
- La maca : guide complet
- Les sols andins et leurs plantes
Sources :
- MINCETUR. Perfil de Producto: Maca. Ministerio de Comercio Exterior y Turismo del Perú, 2016.
- Solórzano-Acosta RA et al. Soil quality in maca cultivation areas of the Bombón Plateau, Peru. Frontiers in Soil Science. 2024; article 1419745.
- Gonzales GF. Ethnobiology and Ethnopharmacology of Lepidium meyenii (Maca), a Plant from the Peruvian Highlands. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine. 2012; PMID 21977053.
- Esparza E et al. Bioactive maca (Lepidium meyenii) alkamides are a result of traditional Andean postharvest drying practices. Phytochemistry. 2015; PMID 25817836.
- Meissner HO et al. Phytochemistry Letters. 2019;31:208-216.
Complément alimentaire. Ne se substitue pas à une alimentation variée et équilibrée et à un mode de vie sain.
Questions fréquentes
Vos questions : La filière de la maca, de la parcelle jusqu'à la gélule
Non, ce sont des exploitations familiales. Solórzano-Acosta et ses collègues, dans Frontiers in Soil Science (article 1419745), recensent plus de 10 000 producteurs pour quelque 8 000 hectares, soit moins d'un hectare chacun. La même enquête relève que 80 % d'entre eux ne pratiquent aucune rotation et que la maca occupe le même sol trois à plus de neuf ans de suite, avec un azote total et un bore mesurés plus bas que sur les sols hors culture.
L'arrachage a lieu entre juin et août, à la fin du cycle, et le séchage suit sur place pendant plusieurs semaines. Cette fenêtre correspond à la saison sèche des hauts plateaux, quand l'air sec et le gel nocturne alternent. Le séchage ne se réduit pas à un retrait d'eau : il fabrique les macamides, que la racine fraîche ne porte qu'à l'état de traces (Esparza et coll., Phytochemistry 2015, PMID 25817836).
Quatre familles sortent de la racine sèche : la poudre simple, la farine grillée, la farine gélatinisée et l'extrait. Le profil de produit publié par le MINCETUR en 2016 les rattache à six opérations, dont la torréfaction et l'extraction hydroalcoolique. Une gélule descend de l'une des quatre, et l'étiquette ne précise pas toujours laquelle.
Sous deux codes, ce qui rend les statistiques du marché difficiles à lire. Le code 1106.20.00 vise les poudres de racines et de tubercules, le 1901.90.90 les autres préparations alimentaires, où se range la forme gélatinisée (profil de produit MINCETUR, 2016). Un tonnage cité sans son code additionne donc des marchandises dont la transformation et le prix diffèrent.
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Mis à jour le 18 septembre 2026
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